Les coups bas de la vidéo politique en ligne
La mise en ligne d'une « vidéo pirate » de Ségolène Royal, à quelques jours du scrutin sur l'investiture socialiste à l'élection présidentielle, annonce une campagne très dure sur le Net.
Source site 01 Net
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Mercredi 8 novembre. A quelques jours d'un scrutin décisif pour la désignation du candidat du Parti socialiste à la présidentielle, les internautes découvrent sur le site de partage de vidéos amateurs Dailymotion, une Ségolène Royal qui préconise « 35 heures de présence effective des professeurs des collèges dans leurs établissements »voir ici. Effet garanti. En quelques heures, ces propos issus d'une réunion interne du Parti socialiste (datant de janvier 2006) sont regardés plusieurs centaines de milliers de fois. La blogosphère s'emballe, les médias traditionnels emboîtent le pas et certains commentateurs, comme Loïc Le Meur, responsable de l'éditeur de blogs SixApart, s'enthousiasment sur la fin du « off » en politique.
Cet épisode n'est pas une première en soi. Il y a quelques semaines, certains archivistes du Net ont ainsi cru bon d'exhumer un court extrait d'un entretien de feu le sociologue Pierre Bourdieu qui affirmait, à propos de Ségolène Royal, « pour moi instantanément on sait qu'elle n'est pas de gauche ». Plus récemment, les sifflets adressés à Ségolène Royal et à Laurent Fabius lors du meeting du Zénith de Paris étaient aussi consultables sur le Web. Et cela, même si les caméras des grandes chaînes nationales n'étaient pas invitées à cette manifestation publique.
Information ou manipulation ?
Face à l'engouement suscité par des plates-formes de vidéos en ligne telles que YouTube ou Dailymotion, les partis politiques ont vite compris le profit qu'ils pouvaient tirer de ce nouveau vecteur de communication. Qu'elles soient postées par les formations elles-mêmes ou par de simples sympathisants, chaque internaute peut aujourd'hui y retrouver la plupart des grandes interventions qui rythment la vie politique.
« Nous allons assister à la première web campagne, explique Stéphane Grégoire, juriste et chargé de mission au Forum des droits sur Internet (FDI). Dans ce registre, on peut penser que 2005 et la blogosphère du non à la constitution européenne n'étaient qu'un embryon de ce que nous allons voir prochainement ».
Reste que, si la vidéo en ligne semble se prêter aisément aux indiscrétions les plus opportunes, elle présente aussi des risques pour les apprentis diffamateurs. Un effet boomerang n'étant jamais à exclure. « Il faut bien comprendre que l'anonymat sur le Net relève dans la plupart des cas de l'illusion », selon Stéphane Grégoire.
Ainsi, sans prendre parti, le blog du secrétariat national aux TIC du PS dissèque-t-il le parcours du buzz médiatique qui a suivi la mise en ligne de la dernière vidéo sur Ségolène Royal. Et l'on y apprend que la séquence postée par un certain Jules Ferry (!) sur Dailymotion était une version tronquée des propos de la responsable socialiste. Aux internautes de faire la part des choses entre ce qui relève de la volonté d'information et du désir de manipulation.
Le Forum des droits sur Internet (FDI) s'apprête à mettre en place un « observatoire de la web campagne ». Cette structure, composée d'experts et de blogueurs, devrait suivre au plus près le déroulement de la très prochaine campagne présidentielle en ligne, et alerter les internautes des dérives constatées. « Nous veillerons tout particulièrement à signaler les hoax (de vrais-faux courriels qui circulent sur le Net) qui seraient de nature à diffamer telle ou telle personnalité politique », explique Stéphane Grégoire, juriste et chargé de mission au FDI.
L'organisation a récemment diffusé ses recommandations sur l'usage des blogs et des podcasts par les futurs candidats à l'élection présidentielle. Elle travaille actuellement à la mise au point d'un guide pratique à l'usage des citoyens et des militants sur la chose politique. Une publication à vocation pédagogique sur le modèle du guide Je blogue tranquille déjà publié par le FDI.


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