• Interview LCI.fr- Le Président du conseil d'administration de la Sacem évoque sans concessions l'attitude du fabricant de l'iPod, des majors, et des fournisseurs d'accès à Internet.

  • "iTunes gagne peut-être un peu d'argent mais ce qu'ils veulent c'est simplement vendre des iPod", estime Laurent Petitgirard à propos d'Apple.



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Après la loi
sur le piratage (Voir la première partie de l'interview), le président du conseil d'administration de la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) parle sans concessions à LCI.fr de tous les acteurs de la filière musicale : auteurs, fournisseurs d'accès à Internet (FAI), majors du disque et constructeurs. Laurent Petitgirard n'épargne ni Apple, ni les FAI à qui il reproche de gagner de l'argent sur le dos de la filière musicale.



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Laurent Petitgirard, président du conseil d'administration de la Sacem
Sacem/Marc Chesneau
LCI.fr : Le rapport Olivennes qui est à la genèse de la nouvelle loi "Création et Internet" pouvait être résumé en deux volets. L'un, répressif, contre le piratage et un autre en contrepartie : un engagement des acteurs de la filière à développer l'offre légale. Les efforts ont-ils été satisfaisants ?
 
Laurent Petitgirard, président du conseil d'administration de la Sacem : Non, l'offre légale n'existe pas encore en qualité et en quantité suffisante. Mais nous avons des signes positifs comme la récente décision de Pascal Nègre (NDLR : le patron d'Universal) d'abandonner les DRM (NDLR : le système de protection des fichiers musicaux qui en complique la copie et le transfert). On voit bien que les DRM diminuent et qu'il y a  donc une amélioration des offres. Mais il reste un immense problème : celui de l'interopérabilité.
 
LCI.fr : L'interopérabilité, c'est la capacité des différents logiciels, lecteurs multimédia, et types de fichiers à fonctionner ensemble, à être compatibles. Pour l'instant utiliser l'appareil d'un constructeur avec le site ou le logiciel d'un autre acteur reste souvent un casse-tête. Qu'est-ce qui bloque les progrès dans ce domaine?
 
L. P. : Le problème fondamental, c'est que l'on raisonne comme si l'on était en train de discuter avec des gens qui diffusent de la musique, mais en réalité, lorsque l'on discute avec iTunes (NDLR : la plateforme de téléchargement d'Apple sur ordinateur et iPod), on discute avec des gens qui vendent des machines ! Apple se fout de la musique, ils n'en ont rien à faire ! iTunes gagne peut-être un peu d'argent mais ce qu'ils veulent c'est simplement vendre des iPod : ce sont des fabricants de matériel. C'est un alibi.
 
LCI.fr : Apple communique pourtant sans relâche sur son amour de la musique. Il suffit de rappeler le titre de son dernier événement iPod : "Apple loves music"...
 
L. P. : On pourrait choisir plutôt le slogan "Apple loves money a lot and, music... a little bit". (NDLR : Apple aime beaucoup l'argent et... un peu la musique). Le problème, c'est que le gouvernement le plus décidé qui soit, d'aller vers l'interopérabilité, ne peut forcer Apple à rendre son logiciel compatible avec les autres supports. Cela dépasse les compétences de la filière et du gouvernement. Les majors du disque ne sont pas forcément mes amies, mais elles sont confrontées à un constructeur qui se moque des auteurs, des interprètes, et des producteurs.
 
LCI.fr : Apple est donc l'ennemi public numéro un ?
 
L. P. : Non, car en même temps, c'est le seul support qui fonctionne, qui rapporte un peu d'argent. Mais sur les dernières années, les téléchargements légaux sont passés de 1 à 3 millions quand le disque en perdait 54. Vous voyez quand même que le rapport est très faible... Les créateurs ne pourront pas récupérer tout ce qu'ils ont perdu : il y a une érosion du support physique et la technologie permet désormais de télécharger un titre sans acheter la totalité d'un album. Ils peuvent toutefois espérer mieux : le piratage est aussi indiscutablement responsable de la baisse des ventes, certes pas à 100%. Il y a aussi une vampirisation de la filière musicale par les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) qui vivent de l'échange illicite des biens culturels comme la musique ou le cinéma.
 
LCI.fr : Vous proposez donc de taxer les FAI pour financer la musique, comme le gouvernement s'apprête à le faire pour la télévision après la décision de supprimer la publicité après 20 heures à partir de janvier. Commet comptez-vous vous faire entendre?
 
L. P. : Tout le monde sait que lorsque l'on va taxer les FAI, ils vont monter leurs tarifs... Le gouvernement justifie cette décision en disant qu'ils se servent de la télévision comme produit d'appel. Et si la musique n'est pas un produit d'appel, c'est quoi alors ? Ça l'est même bien davantage que  la télévision. Il serait donc évidemment logique de taxer les FAI pour financer la musique. Nous sommes à une étape intermédiaire, c'est bien loin d'être la dernière loi. Il est aussi indispensable qu'une relation plus étroite se recrée entre les créateurs et les internautes. Il faut pour cela qu'on arrête de nous confondre avec les majors. Nos intérêts ne sont pas les mêmes. Je tiens à rappeler que si l'on a tant de problèmes avec Bruxelles c'est qu'Universal a déposé une plainte contre les sociétés d'auteurs. Il faut donc arrêter de croire que nous sommes au service des majors.
 
LCI.fr : Vous n'êtes donc pas à la botte de Pascal Nègre...
 
L. P. : Certainement pas ! Je le respecte parce que c'est un homme compétent mais nous ne sommes ni copains, ni dans le même camp.
 
LCI.fr : Que pensez vous du système de diffusion gratuite en streaming sur Internet, des système de "radio à la demande" comme Deezer.com qui rencontrent un grand succès?
 
L. P. : Les promoteurs de Deezer sont des gens qui se sont tout de suite posé le problème du droit d'auteur et sont venu voir les ayant droit. C'est à saluer. Mais il y a encore une disproportion énorme entre ce que représente Internet en termes d'efficacité et de facilité pour les internautes et son retour financier vers la filière, les créateurs. Avec Deezer, on est à sept millièmes d'euros au titre écouté par un internaute. Il faudrait donc qu'un titre ait été écouté des dizaines de milliers de fois pour rapporter quelques euros qui se partagent entre l'éditeur, les compositeurs et les auteurs. A force de vouloir concurrencer la gratuité, le piratage, on arrive à une dévalorisation de la musique. La comparaison avec la radio est limitée. Pour gagner avec Deezer l'équivalent sur de ce que rapporte un passage sur RTL, il faudrait q'une chanson soit écoutée des centaines de milliers de fois...






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Par Jean Michel - Publié dans : Actualités Informatique
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